La réponse est oui, absolument. Une entreprise doit fixer des objectifs de performance différenciés suivant ses domaines d’activités, principalement parce que chaque activité possède son propre profil de risque et sa propre structure financière.
Voici les justifications détaillées :
- La différence de profil de risque et le coût du capital (CMPC)
- La performance financière se mesure par la capacité à dégager une rentabilité supérieure au coût des ressources mobilisées (le Coût Moyen Pondéré du Capital ou CMPC). Or, ce coût dépend directement du risque.
- Risques hétérogènes : Si un groupe est impliqué dans différents métiers (Domaines d’Activité Stratégique ou SBU), ceux-ci ne réagissent pas de la même manière aux conditions macroéconomiques (risque systématique différent). Il est donc nécessaire de calculer un CMPC par SBU.
- La logique « Stand Alone » : Pour fixer un objectif pertinent, il faut considérer chaque unité comme si elle était une entité séparée. Le CMPC de l’unité doit être calculé en fonction de son propre risque systématique (Bêta) et de sa propre capacité d’endettement, et non en utilisant les paramètres moyens du Groupe.
2. Éviter les erreurs d’allocation de ressources
Appliquer un taux unique (le CMPC du Groupe) à toutes les activités, quel que soit leur risque, conduit à des erreurs de gestion :
- Pénaliser les activités sûres : Une activité à faible risque (comme l’immobilier au sein d’un groupe industriel) a un coût du capital faible. Si on lui impose l’objectif de rentabilité élevé du Groupe, on risque de rejeter des projets pourtant créateurs de valeur.
- Favoriser les activités trop risquées : À l’inverse, utiliser un taux moyen peut conduire à accepter des projets très risqués qui ne couvrent pas leur coût réel du risque.
3. Exemples sectoriels
Cette nécessité de différenciation se retrouve dans les exemples concrets :
- Secteur pétrolier : Les activités « amont » (exploration/production) ont un risque très différent des activités « aval » (raffinage/distribution). Il faut donc un CMPC individualisé pour éviter de mauvaises décisions d’investissement.
- Construction : Si une entreprise est impliquée à la fois dans les activités de construction, mais aussi de promotion immobilière et de concessions, il est fondamental de calculer un CMPC par activité
Conclusion
L’entreprise doit calculer un CMPC global pour évaluer sa propre performance globale, mais elle doit impérativement fixer des exigences de rentabilité spécifiques (CMPC par SBU) pour piloter correctement ses différents domaines d’activité. La différence entre le coût de financement du Groupe (souvent plus faible grâce à la diversification) et la moyenne des coûts des entités constitue d’ailleurs l’une des contributions de valeur attribuables au siège du Groupe.