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Pourquoi la déductibilité fiscale des intérêts est-elle le principal levier de création de valeur de la dette selon Modigliani et Miller ?

La déductibilité fiscale des intérêts est considérée comme le principal levier de création de valeur de la dette selon Modigliani et Miller car c’est le seul élément qui permet de briser le principe de « neutralité » de la structure financière.

Voici l’explication détaillée de ce mécanisme selon les documents :

1. Le principe de base : la neutralité en l’absence d’impôt

Les travaux de Modigliani et Miller ont démontré qu’en l’absence d’imposition (et de coûts de faillite), la valeur de l’entreprise n’est pas modifiée par son financement.

  • L’illusion du coût moindre : On pourrait penser que remplacer des capitaux propres (qui coûtent cher, ex: 10%) par de la dette (moins chère, ex: 6%) réduit le coût moyen du capital (CMPC). C’est faux en l’absence d’impôt.
  • La compensation par le risque : Si l’entreprise s’endette, le risque financier pour les actionnaires augmente. En conséquence, ils exigent une rentabilité plus élevée (via l’augmentation du Bêta dans la formule de Hamada). Cette hausse du coût des capitaux propres annule exactement l’économie réalisée grâce au taux d’intérêt plus faible de la dette.

2. L’impact de la fiscalité : le seul gain réel

L’introduction de l’impôt sur les sociétés change cette équation uniquement parce que la rémunération des créanciers (les frais financiers) est traitée différemment de celle des actionnaires :

  • Le bouclier fiscal : Les frais financiers sont déductibles du résultat imposable. L’État « subventionne » donc une partie du coût de la dette. Le coût réel pour l’entreprise n’est pas le taux d’intérêt (ID), mais le taux après impôt : ID×(1T).
  • Création de valeur : C’est cette économie d’impôt qui fait baisser le CMPC lorsque l’entreprise s’endette. Une baisse du CMPC augmentant mécaniquement la valeur de l’entreprise (valeur actuelle des flux futurs), la dette crée, alors, une valeur liée à la déductibilité des frais financiers.

Conclusion

Il ne faut pas croire que la dette crée de la valeur parce que le taux d’intérêt est inférieur au rendement exigé par les actionnaires. Le seul gain est fiscal. Si les frais financiers n’étaient pas déductibles, l’endettement n’apporterait aucun bénéfice en termes de valeur.

Cet avantage fiscal de la dette a été un incitatif déterminant dans les opérations d’acquisitions à effet de levier (LBO) des années 80s aux États-Unis, car les taux d’intérêts étaient largement supérieurs à 10% et le taux marginal d’imposition des bénéfices était de 50% ; L’État payait la moitié du coût de la dette.