Il est nécessaire d’utiliser deux méthodes différentes pour évaluer une entreprise car elles reposent sur des philosophies distinctes et répondent à des objectifs complémentaires. Aucune n’est supérieure à l’autre ; elles offrent simplement deux perspectives nécessaires pour encadrer la valeur d’un actif.
Voici les raisons principales justifiant cette dualité :
1. Observation vs Construction (L’approche philosophique)
Les deux méthodes ne traitent pas l’information de la même manière :
- La méthode des Multiples (Approche analogique) : Elle consiste à observer l’« opinion moyenne du marché ». Elle ne tente pas d’expliquer la valeur intrinsèque, mais constate le prix que les investisseurs acceptent de payer pour des actifs comparables à un instant T. C’est une méthode de constat.
- La méthode DCF (Approche analytique) : Elle consiste à construire l’opinion de l’investisseur. Elle repose sur la capacité fondamentale de l’entreprise à générer des flux de trésorerie futurs (Free Cash-Flows) actualisés au coût du capital. C’est une méthode d’explication.
2. Minoritaire vs Majoritaire (La perspective de pouvoir)
Les méthodes reflètent des niveaux de pouvoir différents sur la stratégie de l’entreprise :
- Perspective Minoritaire (Multiples) : Cette méthode est souvent associée à la valorisation des actionnaires minoritaires qui n’ont pas d’influence sur la gestion. Ils se fient au consensus de marché (le cours de bourse) qui reflète une gestion en l’état (“as is”).
- Perspective Majoritaire (DCF) : Cette méthode correspond à la vision d’un actionnaire de contrôle (acquéreur). En prenant le contrôle, l’acquéreur peut transformer l’entreprise, mettre en œuvre des synergies et modifier les flux futurs. C’est pourquoi le prix issu d’un DCF est souvent supérieur au cours de bourse, justifiant une “prime de contrôle”.
3. Usage pratique et complémentarité
- Pour une introduction en bourse : On utilise les multiples pour déterminer un intervalle de prix réaliste qui sera accepté par le marché, en se basant sur le consensus existant pour des sociétés comparables.
- Pour une acquisition industrielle : On utilise le DCF pour modéliser l’impact de l’intégration de la cible dans la stratégie de l’acquéreur (synergies, restructuration). Les multiples ne servent alors qu’à vérifier rapidement le positionnement de la cible par rapport au secteur.
En résumé, le prix d’une transaction n’est pas une vérité scientifique mais un accord entre un vendeur et un acheteur qui ont souvent des opinions différentes sur la valeur. Avoir deux méthodes permet de matérialiser ces différentes opinions : celle du marché (ce que ça vaut pour tout le monde) et celle de l’investisseur (ce que ça vaut spécifiquement pour moi).