Question fréquentes

Peut-on améliorer la productivité des actifs sans détériorer la rentabilité commerciale ?

Oui, il est possible d’améliorer la productivité des actifs sans détériorer la rentabilité commerciale, mais cela nécessite un arbitrage stratégique fin, notamment à travers les décisions de « Faire ou Acheter » (Make-or-Buy) et la gestion du Besoin en Fonds de Roulement (BFR).

Voici les mécanismes et les nuances identifiés dans les sources :

1. La relation entre productivité des actifs et rentabilité

La performance financière, mesurée par la rentabilité des capitaux engagés (ROCE), est le produit de deux ratios :

  • La productivité des actifs (ou rotation des capitaux) : Revenus / Capitaux Engagés.
  • La rentabilité commerciale (ROS) : EBIT / Revenus.

Mathématiquement, pour améliorer le ROCE, une entreprise peut chercher à augmenter la rotation de ses actifs (produire plus de revenus avec moins de capital).

2. Le levier de l’externalisation (Make-or-Buy)

L’externalisation est la méthode la plus directe pour améliorer la productivité des actifs.

  • Réduction des capitaux engagés : En confiant la production à un sous-traitant, l’entreprise évite les investissements en machines (Capex) et réduit son BFR (les dettes fournisseurs augmentent mécaniquement, ce qui diminue les capitaux engagés).
  • Impact sur la marge commerciale :
    • Scénario idéal : Si le fournisseur est plus efficace et vend la prestation à un prix inférieur au coût de revient interne de l’entreprise, la rentabilité commerciale est préservée, voire améliorée.
    • Risque de détérioration : Si le fournisseur vend à un prix supérieur au coût interne, l’entreprise améliore la productivité de ses actifs (moins de capital) mais détériore sa marge commerciale (EBIT/Revenus). Il faut alors calculer si l’économie de capital compense la perte de marge.

3. Exemples de stratégies d’optimisation des actifs

Le cas Coca-Cola (La « 49 Solution ») Coca-Cola a illustré cette stratégie dans les années 1980 en externalisant son activité d’embouteillage, très gourmande en capitaux (usines, camions).

  • En revendant ses usines à des entités distinctes (comme Coca-Cola Enterprises) dont elle ne détenait qu’une part minoritaire (49%), Coca-Cola a sorti ces actifs lourds de son bilan.
  • Cela a permis d’améliorer mécaniquement la rotation des actifs et le ROCE de la maison-mère, tout en conservant une rentabilité commerciale élevée grâce à la vente du concentré (le sirop). Cependant, cette stratégie a fini par éloigner la marque de ses clients, conduisant au rachat des embouteilleurs en 2010 pour retrouver la maîtrise opérationnelle.

Le risque de la « sous-traitance à marche forcée » (Boeing) Une recherche excessive de la productivité des actifs peut nuire à la valeur à long terme. Le cas de Boeing et de son sous-traitant Spirit Aerosystems montre les dangers d’une logique purement financière.

  • En externalisant pour optimiser le ROCE et réduire les capitaux investis, l’entreprise peut perdre le contrôle sur la qualité et la sécurité.
  • Les coûts de coordination et les risques opérationnels (comme les défauts de qualité) peuvent finalement détruire la valeur commerciale et réputationnelle, annulant les gains de productivité des actifs.

4. L’optimisation du BFR

Une autre voie pour améliorer la productivité des actifs sans toucher à la marge est la réduction du Besoin en Fonds de Roulement (stocks, créances clients).

  • Réduire les stocks (par exemple de moitié) libère du capital investi sans réduire le prix de vente ni augmenter les coûts d’exploitation directs. Cela génère une valeur économique immédiate équivalente à une augmentation significative du résultat d’exploitation. Walmart, en réduisant ses stocks de 2,5 mois à 1,5 mois d’achats à libérer les fonds lui permettant de financer sa croissance à l’international.

Par contre, il est important de veiller à ce que le risque d’exploitation soit contrôlé afin d’éviter, par exemple, des ruptures de stocks qui détruirait l’avantage ainsi créé.

En résumé, améliorer la productivité des actifs sans détériorer la marge est possible si l’entreprise parvient à réduire ses capitaux engagés (via l’externalisation ou la gestion du BFR) tout en maintenant ses coûts d’approvisionnement compétitifs. Cependant, pousser cette logique à l’extrême comporte des risques opérationnels majeurs.