L’évaluation d’un projet d’investissement repose sur la confrontation entre la rentabilité attendue du projet et le coût des ressources financières mobilisées pour le financer (le Coût Moyen Pondéré du Capital ou CMPC).
Pour mesurer cette performance, les financiers utilisent trois critères complémentaires : la VAN (pour la valeur absolue), le TRI (pour la rentabilité relative) et le Payback (pour le risque et la liquidité).
Voici comment chaque critère est utilisé :
- La Valeur Actuelle Nette (VAN) : La mesure de la création de richesse
La VAN est le critère central car elle mesure directement la création de valeur. Elle correspond à la différence entre la somme des flux de trésorerie (cash-flows) actualisés générés par le projet et le montant de l’investissement initial.
- Le principe : Un projet crée de la valeur si sa VAN est positive. Cela signifie que le projet rapporte plus que ce qu’il a coûté, tout en ayant rémunéré les apporteurs de capitaux (actionnaires et créanciers) au taux qu’ils exigeaient (le CMPC).
- Le calcul des flux (Free Cash-Flows) : Ce ne sont pas des bénéfices comptables, mais des flux de trésorerie disponibles. La formule standard est :
- Cash-Flow = EBITDA × (1 – Taux IS) + Amortissement × Taux IS) – Variation du BFR.
- Il est impératif d’utiliser des cash-flows nominaux (incluant l’inflation des prix et des coûts) actualisés avec un taux nominal pour capter les effets d’inflation différentielle.
- Interprétation : La VAN représente l’enrichissement absolu des actionnaires.
- Le Taux de Rentabilité Interne (TRI) : La mesure de la performance intrinsèque
Le TRI est le taux d’actualisation qui annule la VAN (VAN = 0). C’est un indicateur de performance relative (exprimé en %).
- Le principe : Un projet est acceptable si son TRI est supérieur au CMPC. La différence entre le TRI et le CMPC constitue le « résultat économique » du projet.
- Les limites majeures : Bien que populaire, le TRI présente des défauts techniques et économiques :
- Hypothèse de réinvestissement : Le TRI suppose que les cash-flows intermédiaires sont réinvestis au taux du TRI lui-même, ce qui est souvent irréaliste pour des projets très rentables.
- Solutions multiples : Si la séquence des flux change de signe plusieurs fois (ex: investissement initial, flux positifs, puis gros investissement final ou coût de démantèlement), il peut y avoir plusieurs TRI, rendant le critère inutilisable.
- L’alternative (Le TRM) : Pour corriger ces biais, il est recommandé de calculer le Taux de Rendement Modifié (TRM). Celui-ci actualise les investissements et capitalise les revenus au taux du CMPC (plus réaliste), offrant une mesure de rentabilité plus robuste.
- Le Payback (Délai de récupération) : La mesure du risque et de la liquidité
Le payback répond à la question : « Quand est-ce que je récupère ma mise ? ». C’est un indicateur de risque temporel.
- Payback Nominal (Incomplet) : Il mesure le temps nécessaire pour que la somme des cash-flows non actualisés couvre l’investissement initial. Il est jugé incomplet car il ignore la rémunération du capital (le temps, c’est de l’argent).
- Payback Actualisé (Pertinent) : Il mesure le temps nécessaire pour récupérer l’investissement initial à partir des cash-flows actualisés. À cet instant, le projet a non seulement remboursé le capital, mais aussi rémunéré les investisseurs au taux exigé (CMPC).
- Utilisation : Ce délai doit être confronté à la visibilité de l’entreprise (carnet de commandes, cycle de vie du produit). Un projet avec un payback long (ex: 7 ans) est acceptable si la visibilité est longue (ex: 20 ans), mais très risqué si l’avenir est incertain.
Synthèse de l’évaluation
Pour une évaluation complète, il est recommandé d’utiliser ces critères conjointement :
- La VAN indique combien de valeur est créée (le montant en devises).
- Le TRI (ou mieux, le TRM) indique l’efficacité de cet investissement (le rendement en %).
- Le Payback actualisé indique l’horizon de risque (la durée d’exposition financière).