Question fréquentes

Comment peut-on financer la croissance : avantages et inconvénients de chaque ressource financière mobilisable ?

Le financement de la croissance (qui se confond financièrement avec l’investissement en actifs immobilisés et en Besoin en Fonds de Roulement) repose sur un arbitrage entre rentabilité, risque et flexibilité.

Voici une analyse des avantages et inconvénients des principales ressources mobilisables :

1. L’Autofinancement (Mise en réserve des bénéfices)

Il s’agit de la ressource interne générée par la performance de l’entreprise (Résultat Net) qui n’est pas distribuée aux actionnaires sous forme de dividendes.

  • Avantages :
    • Indépendance : Ne nécessite pas l’accord de tiers (banques ou nouveaux actionnaires).
    • Pas de coût explicite de transaction : Évite les frais d’émission ou de dossier.
    • Sécurité : Renforce les capitaux propres sans dilution immédiate.
  • Inconvénients :
    • Limité par la performance : Le montant disponible dépend directement de la rentabilité financière (ROE) et du taux de distribution des dividendes.
    • Contrainte de la “Croissance Admissible” : Si la croissance réelle de l’entreprise est supérieure à sa croissance admissible (sustainable growth rate = ROE * (1 – taux de distribution)), l’entreprise ne peut pas se financer uniquement par autofinancement sans détériorer sa structure financière.

2. Les Capitaux Propres (Augmentation de capital / IPO)

L’entreprise lève des fonds en émettant de nouvelles actions auprès des actionnaires existants ou du marché (Introduction en bourse, Private Equity).

  • Avantages :
    • Sécurité financière : Le capital n’a pas à être remboursé (rémunération résiduelle et non contractuelle).
    • Capacité d’endettement : Renforcer les fonds propres améliore la solvabilité et permet de lever de la dette ultérieurement.
    • Flexibilité stratégique : Permet de financer des actifs risqués ou immatériels (R&D, marketing) que les banques financent difficilement.
  • Inconvénients :
    • Coût élevé : C’est la ressource la plus chère. Les actionnaires exigent une rémunération (le coût des capitaux propres) supérieure à celle des créanciers car ils assument plus de risques.
    • Dilution : L’émission de nouvelles actions dilue le contrôle et le bénéfice par action des actionnaires existants.
    • Signal au marché : Une augmentation de capital peut être interprétée négativement (signal de surévaluation de l’action ou de difficultés de trésorerie).

3. La Dette Financière (Emprunts bancaires et obligations)

Il s’agit d’un contrat par lequel l’entreprise emprunte des fonds en s’engageant à payer des intérêts et à rembourser le capital.

  • Avantages :
    • Coût nominal plus faible : Le coût de la dette est inférieur à celui des capitaux propres car le risque pour le créancier est plus faible.
    • Levier Fiscal : Les intérêts sont déductibles du résultat imposable, ce qui réduit le coût réel de la dette (l’État subventionne une partie du coût).
    • Effet de Levier Financier : Si la rentabilité économique (ROCE) est supérieure au taux d’intérêt, l’endettement augmente mécaniquement la rentabilité des capitaux propres (ROE).
    • Discipline : L’obligation de rembourser peut forcer les managers à une discipline de gestion (Théorie de l’agence).
  • Inconvénients :
    • Risque de faillite : L’incapacité à rembourser ou à payer les intérêts peut conduire au défaut de paiement. On ne doit pas ajouter un risque financier à un risque d’exploitation élevé.
    • Perte de flexibilité : Les flux de trésorerie futurs sont préemptés par le remboursement de la dette (“Cash-flow committed”), réduisant la capacité de l’entreprise à réagir en cas de coup dur (vulnérabilité accrue) ou d’opportunité stratégique.
    • Augmentation du coût des capitaux propres : L’endettement accroît le risque perçu par les actionnaires (augmentation du Bêta), ce qui augmente leur exigence de rentabilité (formule de Hamada) et annule en partie l’avantage du coût faible de la dette.

4. Les Financements Hybrides (Mezzanine)

Instruments à mi-chemin entre dette et capital, comme les Obligations Convertibles (OCA) ou les Obligations Remboursables en Actions (ORA).

  • Avantages :
    • Coût d’intérêt réduit : Les OCA offrent un coupon (taux d’intérêt) plus faible qu’une dette classique car l’investisseur valorise l’option de conversion.
    • Dilution différée : La dilution du capital n’intervient que si l’option est exercée ou à l’échéance.
    • Adaptabilité : Permet de structurer des financements sur mesure (« DEquity »).
  • Inconvénients :
    • Complexité : Nécessite une ingénierie financière et une évaluation sophistiquée (valorisation de la composante optionnelle).
    • Dilution potentielle : Si la conversion a lieu, les actionnaires actuels sont dilués, mais avec un délai.

5. L’Optimisation du Besoin en Fonds de Roulement (BFR)

Il s’agit de financer la croissance en réduisant les stocks, en encaissant plus vite les clients ou en payant plus tard les fournisseurs.

  • Avantages :
    • Ressource “gratuite” : Réduire le BFR libère du cash immédiatement sans coût financier direct.
    • Amélioration du ROCE : En réduisant les capitaux engagés, on augmente mécaniquement la rentabilité économique.
  • Inconvénients :
    • Risques opérationnels : Réduire excessivement les stocks peut entraîner des ruptures. Pousser les délais de paiement fournisseurs peut fragiliser la relation commerciale et détruire de la valeur à long terme (sous-traitance maltraitée, qualité en baisse).

Synthèse : La méthode optimale ?

Il n’y a pas de ressource parfaite. La théorie indique que la dette ne crée de la valeur que par la fiscalité. En pratique, le sous-endettement (garder une réserve de capacité d’endettement) est souvent considéré comme une option réelle précieuse : c’est le prix à payer pour conserver une flexibilité stratégique permettant de saisir des opportunités d’acquisition majeures au moment opportun.