La comparaison entre le ROCE (Return On Capital Employed) annuel et le TRI (Taux de Rentabilité Interne) d’un projet révèle des divergences fondamentales, tant conceptuelles que mathématiques.
Voici les points clés pour comprendre leur relation :
1. Une différence de nature et de temporalité
- Le TRI est un indicateur pluriannuel et actuariel. Il mesure la rentabilité intrinsèque du projet sur toute sa durée de vie en prenant en compte la valeur temps de l’argent (actualisation). C’est le taux qui annule la Valeur Actuelle Nette (VAN).
- Le ROCE est un indicateur annuel et comptable. Il mesure la rentabilité d’une période donnée en divisant le résultat d’exploitation (EBIT) par les capitaux engagés (actif immobilisé net + BFR).
2. Le ROCE moyen est structurellement supérieur au TRI
Il est formellement établi que le ROCE moyen n’est pas égal au TRI. Pire encore, le ROCE moyen arithmétique est significativement supérieur au TRI du projet.
- L’écart mathématique : Pour un projet long (ex: 25 ans) avec un TRI de 20%, le ROCE moyen calculé peut s’élever à environ 60%.
- L’effet de la durée : La divergence entre le ROCE moyen et le TRI croît avec la durée du projet. Plus le projet est long, plus le ROCE moyen s’éloigne (vers le haut) du TRI. Même pour une durée plus courte (10 ans), le ROCE moyen reste significativement supérieur (ex: 18% de ROCE moyen pour 10% de TRI).
3. La cause mécanique : L’amortissement
Cette divergence s’explique par la mécanique comptable. Dans un projet classique, les capitaux engagés (le dénominateur du ROCE) diminuent année après année grâce aux amortissements, tandis que le résultat d’exploitation (le numérateur) peut rester stable ou baisser moins vite.
- En conséquence, le ROCE tend à augmenter mécaniquement au fil du temps, atteignant des niveaux très élevés en fin de vie du projet (ex: passant de 35% en année 1 à 88% en année 5).
- Le TRI, lui, lisse cette rentabilité sur toute la période via l’actualisation.
4. Le piège de la performance : Destruction de valeur
La confusion entre ces deux taux peut conduire à de graves erreurs de gestion.
- La règle du danger : Si une entreprise se fixe comme objectif d’atteindre un ROCE moyen égal à son Coût Moyen Pondéré du Capital (CMPC), elle détruira de la valeur.
- Démonstration : Faire converger le ROCE moyen vers le CMPC conduit mathématiquement à générer un TRI inférieur au CMPC. Or, si TRI < CMPC, la VAN est négative et le projet détruit de la valeur.
En résumé, bien que le ROCE et le TRI reposent sur le même principe (rapport entre ce que rapporte l’exploitation et ce qui a été investi), ils ne donnent pas les mêmes chiffres. Le ROCE donne une vision comptable annuelle souvent optimiste (surtout en fin de projet), tandis que le TRI donne la vérité économique actualisée sur la durée totale.