Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) influence l’investissement de manière significative car il constitue une composante à part entière du coût du projet et impacte directement les flux de trésorerie disponibles, et par conséquent, la création de valeur (VAN).
Voici les principaux mécanismes par lesquels le BFR influence l’investissement :
1. Le BFR est une composante de l’investissement initial
L’investissement ne se limite pas à l’achat d’actifs immobilisés (Capex) comme des machines ou des bâtiments. Il comprend également le capital circulant nécessaire au démarrage et à l’exploitation de l’activité.
- Constitution du BFR : Lancer un nouveau produit ou augmenter la capacité nécessite de constituer des stocks (matières premières, produits finis) et d’accorder des délais de paiement aux clients, ce qui consomme de la trésorerie. Bien que le crédit fournisseur finance une partie de ce besoin, le solde net (Stocks + Clients – Fournisseurs) doit être financé par l’entreprise.
- Coût total : Le coût total de l’investissement à l’année 0 est donc la somme du capital fixe et du BFR initial (). Ignorer le BFR conduit à sous-estimer le montant des capitaux nécessaires.
2. L’impact sur les Flux de Trésorerie (Free Cash-Flows)
Pour évaluer un investissement, on actualise les flux de trésorerie (cash-flows) qu’il génère. Le BFR intervient directement dans le calcul de ces flux :
- Consommation de cash : La variation du BFR (Delta BFR) vient en déduction de l’EBITDA pour calculer le flux de trésorerie disponible. Une augmentation de l’activité entraîne généralement une augmentation du BFR, ce qui réduit le cash-flow disponible pour les investisseurs.
- Différence entre profit et cash : Le BFR explique pourquoi la capacité d’autofinancement (ou l’EBITDA) n’est pas égale à la trésorerie réelle. Le BFR ralentit le cycle de conversion du cash.
3. L’impact sur la Valeur Actuelle Nette (VAN)
Le BFR pèse sur la rentabilité du projet (VAN) à travers le coût du portage financier :
- Mécanisme de portage : Même si le BFR est théoriquement “récupéré” à la fin du projet (encaissement des créances et liquidation des stocks lorsque l’activité s’arrête), l’entreprise doit financer ce besoin pendant toute la durée de vie du projet.
- Destruction de valeur temporelle : Le décalage entre la sortie de cash initiale (constitution du BFR) et sa récupération finale (fin du projet) a un coût. En actualisant les flux, la valeur actuelle de la récupération en fin de projet est bien inférieure au montant investi au départ. Cette différence représente le coût financier de l’immobilisation des fonds, qui réduit la VAN. Une augmentation du délai de paiement fournisseurs (réduction du BFR) a donc un impact positif immédiat sur la VAN.
4. Le BFR comme contrainte de croissance et d’inflation
- La croissance consomme du cash : La croissance des ventes entraîne mécaniquement une hausse du BFR. Si une entreprise croît plus vite que sa capacité à générer des ressources (croissance admissible), l’augmentation du BFR peut détériorer sa structure financière.
- Effet de l’inflation : En période d’inflation, même sans croissance des volumes, le BFR augmente en valeur nominale (hausse des coûts des stocks et des créances clients). Cette augmentation nominale consomme de la trésorerie réelle, ce qui constitue une “fuite” de valeur pour l’entreprise.
5. Influence sur les décisions stratégiques (Make-or-Buy)
Le BFR influence les arbitrages entre faire soi-même (internaliser) ou acheter (externaliser/sous-traiter) : l’externalisation permet très souvent de réduire le BFR. L’entreprise voit ses dettes fournisseurs (crédit accordé par le sous-traitant) mécaniquement augmenter, car elle n’achète plus de matières premières, mais des produits transformés. Cette baisse du BFR, couplée à la baisse des investissements en machines, améliore la rentabilité des capitaux engagés (ROCE) et la trésorerie.