La croissance admissible (ou sustainable growth rate en anglais) est un concept central pour piloter la cohérence entre la stratégie de développement industriel et la politique financière de l’entreprise.
Voici sa définition, son mode de calcul et son rôle dans le financement :
1. Qu’est-ce que la croissance admissible ?
La croissance admissible (GS) se définit comme le taux maximal de croissance des capitaux engagés qu’une entreprise peut supporter sans avoir à modifier sa structure financière (son ratio d’endettement ou gearing) et sans avoir recours à une augmentation de capital (émission d’actions).
C’est le taux de croissance “autonome” que l’entreprise peut financer uniquement par ses propres profits mis en réserve et la dette proportionnelle qui l’accompagne pour maintenir l’équilibre du bilan.
2. Comment se calcule-t-elle ?
Le calcul repose sur la capacité de l’entreprise à générer des capitaux propres internes (autofinancement). La formule est la suivante :
Où :
- ROE (Return On Equity) : rentabilité financière (Résultat Net / Capitaux Propres).
- d: taux de distribution des dividendes (payout ratio).
- (1 – d): taux de mise en réserve (retention rate), c’est-à-dire la part du bénéfice réinvestie dans l’entreprise.
Logique du calcul : Si une entreprise ne verse pas de dividendes (d=0), ses capitaux propres croissent au rythme de son résultat net (ROE). Si l’entreprise verse un dividende, alors le taux de croissance des capitaux propres sera réduit au taux de mise en réserves (rétention des bénéfices), d’où le facteur « (1 – d) ». Pour que le ratio d’endettement reste constant, la dette doit progresser au même rythme que les capitaux propres. Or, les capitaux engagées sont financés par la dette et les capitaux propres. Donc, le rythme de croissance admissible des capitaux engagés doit être le taux naturel d’accroissement des capitaux propres, déduction faite des dividendes.
3. Sa contribution au financement de la croissance
La croissance n’est pas neutre financièrement : elle consomme des ressources (investissements industriels et augmentation du Besoin en Fonds de Roulement). La croissance admissible permet de déterminer comment financer cette consommation :
- Le rôle de la performance (ROE) :La performance financière est le moteur du financement. Plus le ROE est élevé, plus l’entreprise peut financer une croissance forte sans appel au marché.
- L’arbitrage Croissance / Distribution :
- Si Croissance Réelle > Croissance Admissible :L’entreprise grandit plus vite que sa capacité d’autofinancement ne le permet. Pour financer cet excès, elle doit soit émettre des actions (dilution), soit réduire son dividende (pour augmenter la rétention), soit laisser son ratio d’endettement augmenter (ce qui détériore sa structure financière).
- Si Croissance Réelle < Croissance Admissible :L’entreprise génère plus de cash qu’elle n’en a besoin pour investir. Elle accumule alors de la trésorerie qui servira à rembourser la dette (désendettement mécanique), augmenter les dividendes, ou racheter ses propres actions.
Exemple d’application : Ce concept rationalise le comportement des entreprises en forte croissance (start-ups ou géants de la tech à leurs débuts) : elles ne versent généralement aucun dividende (d=0) pour maximiser leur croissance admissible. Si leur croissance réelle reste supérieure à leur ROE, elles doivent alors lever des fonds (augmentation de capital) pour combler l’écart sans se surendetter.