Le calcul d’un CMPC (Coût Moyen Pondéré du Capital) spécifique pour un projet d’investissement, plutôt que l’utilisation du taux global de l’entreprise, se justifie impérativement lorsque le profil de risque ou la structure de financement du projet diffère significativement de la moyenne de l’entreprise.
Voici les trois justifications majeures identifiées :
1. La différence de profil de risque (Risque Systématique)
Le CMPC de l’entreprise reflète le risque moyen de son portefeuille d’activités existant. Si un nouveau projet présente un risque systématique différent (une sensibilité différente aux conditions macroéconomiques), utiliser le CMPC du groupe conduirait à une mauvaise évaluation.
- Le principe : Si un projet a un profil de risque différent, il faut calculer un CMPC individualisé en utilisant un Bêta (ß) comparable à celui du secteur d’activité visé par le projet, et non celui de l’entreprise mère.
- Exemple concret : Si une entreprise industrielle (au risque moyen) décide d’acheter un immeuble, elle investit dans un actif immobilier dont le risque est généralement plus faible (Bêta plus bas, souvent entre 0,6 et 0,8). Utiliser le CMPC élevé du groupe industriel pénaliserait injustement ce projet. Il faut utiliser un CMPC immobilier, plus faible.
- Application par Business Unit : Dans les grands groupes diversifiés (ex: secteur pétrolier avec l’amont “exploration” et l’aval “raffinage”), chaque “Domaine d’Activité Stratégique” (SBU) doit avoir son propre CMPC calculé en mode “stand alone“, car les risques systématiques sont très différents.
2. La différence de structure financière (Levier d’endettement)
La capacité d’endettement n’est pas uniforme pour tous les actifs. Certains projets permettent de lever davantage de dette que d’autres, ce qui modifie le coût du capital.
- Impact sur le calcul : Le CMPC dépend des pondérations entre Dette et Capitaux Propres. Si un projet spécifique (comme l’immobilier cité plus haut) permet un ratio d’endettement nettement supérieur à celui du groupe, cela doit être reflété dans un CMPC spécifique.
- Mécanisme : Une structure financière différente modifie non seulement les poids (D% et CP%), mais aussi le coût des capitaux propres via la formule de Hamada (le Bêta augmente avec la dette).
3. Le contexte international (Projets Cross-Border)
Lorsqu’un investissement est réalisé à l’étranger, l’environnement économique et financier change radicalement.
- Cohérence monétaire : Les cash-flows du projet sont généralement exprimés en monnaie locale (ex: en Roupies pour un projet en Inde). Pour être cohérent, il faut les actualiser avec un CMPC calculé à partir des paramètres locaux : taux sans risque local, coût de la dette locale et inflation locale.
- Conditions de marché : Le coût de la dette et l’exigence de rendement des actionnaires locaux (basée sur le marché local) ne sont pas les mêmes que ceux du pays de la maison-mère.
En résumé, appliquer le CMPC unique de l’entreprise à tous les projets est une erreur de gestion dès lors que le projet sort du cadre “standard” de l’activité du groupe. Cela risquerait de conduire à rejeter des projets sûrs (mais à faible rendement) ou à accepter des projets très risqués (dont le rendement ne couvre pas le risque réel).